L'eau et la vigne :
rôles majeurs et défis à venir
À fin mai 2011, de nombreuses régions viticoles françaises enregistraient un déficit hydrique important et les effets du manque d’eau dans les sols viticoles commençaient à se faire sentir. L’implantation de la vigne, généralement, sur des sols peu fertiles et à faibles réserves hydriques en fait une culture étroitement liée aux caractéristiques climatiques du lieu de production et donc particulièrement sensible aux périodes de sécheresses.
À fin mai les effets directs sur la vigne et son mode de culture restaient modérés, surtout sur des parcelles bien travaillées aux racines profondes. Cependant un manque d’eau persistant aurait pu entraîner des conséquences graves sur la croissance et la productivité de la vigne et aurait été susceptible d’affecter profondément la pérennité des parcelles. Que faire quand de telles configurations climatiques se présentent ? Subir ? Enclencher un processus d’adaptation ? Quelles stratégies mettre en place à court terme ? À long terme ? Sur quelles bases réfléchir aux meilleurs moyens de protéger la vigne dans ces conditions extrêmes. C’est un des enjeux que Bayer prend dès à présent en compte dans sa réflexion de stratégie de protection du vignoble contre les maladies et les ravageurs.
Un dossier spécial récent de la Revue des Œnologues (n°137S novembre 2010 « l’eau : rôles majeurs et défis au vignoble et au chai ») détaille les paramètres essentiels pour bien penser cette problématique. C’est donc une excellente occasion de faire le point sur l’importance de l’eau sur la croissance de la vigne, son état sanitaire et son influence sur les techniques culturales viticoles. Mieux comprendre les paramètres en jeu est une valeur ajoutée indéniable pour anticiper les probables effets de manque d’eau à venir et ainsi adapter le vignoble à ces futures évolutions climatiques. Les principaux facteurs abordés pour poser les bases d’une réflexion partagée sont : l’importance de l’hygrométrie, les impacts de la sècheresse sur la vigne et les solutions techniques possibles comme l’irrigation.
Hygrométrie, une mesure fondamentale pour comprendre le fonctionnement de la vigne et le développement de ses maladies.
L’hygrométrie est le pourcentage de vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère. En cas de déséquilibre atmosphérique se produisent alors deux phénomènes de régularisation : l’évaporation de l’eau contenue dans le sol et la transpiration des plantes. La vigne régule ce phénomène en fermant temporairement ses stomates, organes assurant les échanges gazeux plante/atmosphère. Ces orifices de respiration de la plante sont aussi responsables de l’absorption du gaz carbonique transformé en sucre par photosynthèse. Ainsi quand la vigne ferme ses stomates pour économiser l’eau, elle arrête sa production de sucre. De nombreuses études montrent ainsi que l’hygrométrie joue, d’une part, un rôle fondamental dans les conditions de contamination pour la plupart des maladies très graves de la vigne comme le Mildiou, le Botrytis ou le Black-rot et d’autre part sur la qualité des raisins, donc du vin. La qualité sanitaire du raisin et l’évolution biochimique de la baie (sucres, acidité totale, pH, composés phénoliques et aromatiques, potassium, azote, …) dépendent en effet directement de l’évolution de l’hygrométrie et de l’état hydrique de la vigne au cours de son cycle de développement.
Impact du manque d’eau sur la vigne : transpiration et alimentation hydrique de la vigne.
Le manque d’eau prolongé entraîne
de nombreux impacts sur la vigne : la
photosynthèse de la plante diminue, la vigne produit moins de matière
sèche entraînant une précocité de
l’arrêt de la croissance, des carences
en éléments minéraux, la chute des
teneurs en sucre, une limitation possible
du potentiel aromatique. Ce
ralentissement de la croissance de la
vigne engendre des baies plus petites,
et donc une perte de rendement. Ces
périodes de manque d’eau constituent
donc une des limitations majeures de
la productivité et de la qualité pour la
vigne. Si cet état se prolonge, on peut
observer le dépérissement de certains
ceps. Ces pertes sont donc susceptibles
de compromettre sévèrement la longévité
des vignobles. Ces difficultés au
vignoble ne sont pas sans conséquences
sur la qualité des vins. En effet, la difficile
maturation des baies entraîne un
appauvrissement du moût en de nombreux
éléments. Ce manque peut alors
se traduire par des vins atypiques voire
déséquilibrés.
Quelles solutions techniques possibles face aux déficits hydriques ?
L’adaptation qualitative à long terme des vignobles dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau implique une réflexion combinant à la fois l’adaptation d’itinéraires techniques et l’innovation variétale. À ces solutions s’ajoute aussi la perspective de nouvelles implantations conjuguant retraits et expansion des vignobles. En effet, la bande géographique favorable à la culture de la vigne se déplace lentement dans la direction des pôles et dans l’hémisphère nord, des vignes sont en cours d’expansion sur de nouvelles terres comme en Angleterre, en Belgique et pourquoi pas dans l’avenir s’étendre vers la Pologne, la Suède, etc. Avec déjà plus de 1 200 hectares de vigne au Royaume-Uni, plantés au sud-est sur des sols géologiquement de la même origine que les sols champenois, les nouveaux vignobles anglais font parler d’eux.
Parmi les moyens disponibles
pour optimiser l’état hydrique
de la vigne on peut signaler
l’adaptation de matériel végétal
(porte-greffe et greffon) ayant
comme caractéristiques de valoriser
les réserves en eau du sol. Le choix de
ceux-ci, peut alors fortement orienter
le régime hydrique d’une parcelle.
De même, une conduite de la vigne
favorisant une surface foliaire réduite
est un facteur limitant les pertes en
eau de la vigne.
L’irrigation constitue aussi une
réponse agronomique simple et
performante à ce problème. De
nombreuses études internationales
montrent que l’irrigation a des
effets positifs sur la qualité des
baies de raisins : augmentation
des rendements, régularité de la
production, augmentation du taux
de sucre, optimisation de l’acidité,
amélioration du profil sensoriel, etc.
Dans plusieurs régions viticoles de
pays producteurs comme l’Australie,
l’Argentine, les États-Unis et le
Chili, l’irrigation est une technique
culturale comme une autre, de plus en
plus utilisée pour gérer le rendement
ainsi que le profil qualitatif des raisins
et donc des vins. 83% de la surface
viticole des pays du « Nouveau monde
viticole » est irriguée soit 580 000 ha.
En France, longtemps interdit, le décret
n°1527 autorise depuis décembre
2006 l’irrigation des vignobles aptes
à la production de vins d’appellation
d’origine du 15 juin au 15 aout.
Ainsi, c’est plus de 10% du vignoble du
Languedoc Roussillon qui est irrigué.
Ces pratiques sont également en plein
développement en Espagne, en Italie
et au Portugal.
La finesse des techniques actuelles
font de l’irrigation un vecteur de qualité
non négligeable. Aujourd’hui,
l’élaboration d’itinéraires hydriques
adaptables permet d’affiner le profil
organoleptique des vins. Les vignerons
contrôlent au plus près le potentiel
qualitatif de leurs parcelles grâce aux
indicateurs de déclenchement et de
pilotage de l’irrigation.
Les régions viticoles du pourtour méditerranéen
sont particulièrement
concernées par ces questions. Pour ces
régions, l’irrigation apparaît pour beaucoup
comme un outil incontournable de
la modernisation des pratiques culturales
et d’évolution du goût des consommateurs.
La réalité du marché mondial
impose en effet des vins moins concentrés
et plus fruités pour répondre à
l’évolution du goût des consommateurs.
Ainsi chacun appelle à une évolution
des dispositifs réglementaires.
Concrètement, l’autorisation d’irriguer
entre le 15 juin (ou la floraison) et
le 15 août (ou la véraison) peut être obtenue.
Pour cela, le syndicat de défense
de l’appellation d’origine concernée
effectue une demande de possibilité
d’irrigation précisant la durée souhaitée
de celle-ci auprès du directeur de
l’Institut National des Appellations
d’Origine (INAO). Cette demande est
alors accompagnée d’une étude réalisée
sur un référentiel de parcelles.
En parallèle, plusieurs projets pilotes
d’amélioration et d’extension des réseaux
d’irrigation raisonnée existants
sont en cours. Ces projets demandent
une concertation des acteurs économiques
et territoriaux et démarrent
par une étude de faisabilité avec un
accompagnement sur un plan administratif
et financier. Professionnels et élus
régionaux se battent aujourd’hui pour
faire évoluer la situation afin de bénéficier
des subventions de l’Europe pour
les projets d’irrigation du vignoble.
Les stratégies d’irrigation demandent
de prendre en compte les
seuils de rentabilité en fonction de
l’équilibre entre l’amortissement
matériel, le contexte pédo-géologique
et les débouchés commerciaux. Les
connaissances scientifiques et techniques
les plus récentes permettent
d’affiner les seuils de déclenchement,
les fréquences d’apport en eau, la période
d’irrigation et de proposer aux
vignerons des modèles d’irrigation raisonnés
en fonction du contrôle de l’état
hydrique. Des outils fiables d’aide à la
décision font leur apparition et permettent
une maîtrise plus fine de l’irrigation
comme l’irrigation localisée par
goutte à goutte et la micro irrigation
de surface ou enterrée aptes à économiser
l’eau. Récemment le pilotage du
statut hydrique en continu, du début à
la fin du cycle de production, est rendu
possible par la mesure, via des capteurs
disposés sur les pieds de vigne, de la
transpiration de la plante.
Crédit photo : Hernan Ojeda INRA Pech Rouge - extrait de l’article « L’irrigation de la vigne » - Revue des Oenologues n°137S p 37
L’ensemble de ces données sont extraites
du Dossier Spécial la Revue
des Œnologues (n°137S novembre
2010 « l’eau : rôles majeurs et défis au
vignoble et au chai ») et notamment
inspiré des travaux de Hernan Ojeda
(INRA Pech Rouge), Stéphanie Balsan
(Chambre régionale d’Agriculture
Languedoc Roussillon), Loic Debiolles
(Nétafim France), Thibault Scholasch
(Fruition Sciences Montpellier), André
Crespy (Ingénieur Agronome consultant),
Jean Christophe Payan (IFV),
Bernard Genevet (Chambre d’agriculture
du Gard), Olivier Jacquet (Chambre
d’agriculture du Vaucluse).
