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Le rosé français menacé
Quand la filière se mobilise

La France, premier producteur mondial de rosé tire la sonnette d’alarme face à un projet de directive européenne qui autoriserait le coupage du blanc et du rouge pour fabriquer du rosé. Les arguments sont qualitatifs mais aussi économiques avec plusieurs milliers d’emplois à la clé, en particulier en Provence, région leader du rosé.vin rosé

«Jusqu’à présent le règlement relatif aux pratiques oenologiques (OCM) interdisait le coupage des vins blancs et rouges. Or, en janvier dernier, dans le cadre de la révision de ces textes, cette disposition a été éliminée, ouvrant la possibilité de mélanger blancs et rouges pour obtenir un vin de couleur rosé dans le cas des vins sans indication géographique» explique Roque Pertusa, vigneron coopérateur dans le golfe de St Tropez et président de la Commission Economie du Comité des Vins de Provence.

La qualité du rosé en jeu

“Ce nouveau règlement s’il était appliqué serait extrêmement dangereux pour la qualité des rosés. Le rosé est un vin à part entière et non le sousproduit d’un mélange douteux de rouge et de blanc. Depuis plus de 20 ans, les vignerons se sont mobilisés pour donner une identité et une vraie qualité au rosé, les travaux du Centre de Recherche sur le Rosé depuis plus de 10 ans en témoignent” commente Roque Pertusa. Cette amélioration de la qualité s’est d’ailleurs accompagnée d’un engouement mondial pour le rosé qui est aujourd’hui le seul type de vin à croître au niveau mondial dont il représente 10 % de la consommation totale.

Enjeux économiques

Au-delà des aspects techniques, la filière française du rosé craint un afflux de rosés de médiocre qualité qui désorganiserait le marché du rosé, “le rosé coupé est un vin qui contient 95 % de vin blanc et nous nous opposons au fait que ce coupage soit en pratique la possibilité d’écouler des vins blancs de médiocre qualité qui engorgeront le marché du rosé” précise Roque Pertusa. En Provence où le rosé représente 87% des volumes produits et près de 20 000 emplois, les vignerons étaient particulièrement inquiets et mobilisés.

Mobilisation en France, mais aussi en Italie et en Espagne

Depuis le début de l’année, les professionnels français (Coopération, Négoce, Vignerons Indépendants, Syndicats de Vins de Pays, Appellations d’origine) ont rencontré plusieurs fois les services de l’agriculture et même le Ministre afin de rappeler la spécificité et les enjeux du rosé “traditionnel”. Parallèlement, des collègues italiens, allemands et espagnols se sont ralliés à la cause française qui demande un retrait du texte à moins de réintroduire l’interdiction du coupage. La Commission Européenne a fait une proposition de compromis en proposant un étiquetage spécifique avec une mention “rosé traditionnel”. Les producteurs ont refusé cette proposition qui ajoute selon elle “à la confusion”. “Le combat est difficile, nous souhaitons le retrait du texte afin de relancer la négociation sur le problème du coupage dans le règlement des pratiques oenologiques” commente Roque Pertusa.

Au niveau international

La pratique du “coupage” est autorisée par l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), des pays comme les Etats- Unis, l’Australie ou l’Afrique du Sud n’hésitent pas à y recourir. Par ailleurs, historiquement, une dérogation permettait le coupage pour les vins rosés de table produits et commercialisés en Espagne (Mancha) mais cette situation a disparu. En France, seuls les vins effervescents ont le droit d’utiliser le coupage pour l’élaboration des rosés, cela fait partie du process de vinification.

Avis d’expert

Stéphane Hémard, vigneron en Drôme Provençale et créateur du Mondial du Rosé
Stéphane Hémard
« Le coupage du rosé proposé par la réglementation européenne est la porte ouverte à l’épuration de vins blancs de médiocre qualité alors que les producteurs français de rosé se battent depuis plus 30 ans pour expliquer que le rosé français est un vin à part entière et non pas un simple mélange. Cette distinction n’est malheureusement pas reconnue car dans la législation française, le rosé est toujours classé comme un vin blanc. Et pourtant les producteurs sélectionnent leurs cépages et leurs parcelles pour produire des vins rosés toujours plus qualitatifs. Nous espérons que la mobilisation des producteurs de rosés conduira à l’interdiction du coupage qui aboutit à un vin coloré mais en aucun cas à un rosé ».

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Comment élabore-t-on le rosé « traditionnel » ?

Les pigments naturels qui colorent le vin sont concentrés dans la peau des raisins noirs (la peau des raisins blancs et la pulpe de la majorité des raisins qu’ils soient blancs ou noirs ne sont pas colorés). La couleur du vin rosé dépend donc de la durée et de la température du contact qui se noue dans la cuve entre le jus de raisin, presque incolore et la peau : c’est le temps de cuvaison qui dure entre 2 h et 20 h à une température contrôlée allant de 16 à 20 °C pour préserver au maximum les arômes. Contrairement au vin rouge, c’est cette courte macération pelliculaire qui donne la couleur et les arômes au vin rosé.
Une autre technique, appelée pressurage direct, consiste à presser directement les grappes entières ou éraflées et à mettre immédiatement le jus clair à fermenter.

Pour en savoir plus
www.coupernestpasrose.com

 
Repères
  • Les rosés constituent 8 % de la production mondiale de vin et 9 % de la consommation.
  • La France est le 1er pays producteur avec 28 % des volumes devant l’Italie (21 %), l’Espagne et les USA (18 % chacun).
  • En France, le rosé représente 23 % de la consommation totale de vin.
  • La Provence produit 1,2 millions d’hectolitres de vins rosés soit 20 % de la production française et le rosé y représente 80 % des volumes produits.
  • La consommation des rosés progresse dans de nombreux pays.