Fongicides alternatifs
La difficile épreuve du terrain
Les solutions alternatives : une réponse à une attente sociétale de plus en plus fortement exprimée ? Elles apparaissent, à ce titre, séduisantes pour nombre de viticulteurs. Néanmoins, une réglementation encore floue et des efficacités encore trop souvent insuffisantes recommandent la prudence dans l’approche de ces solutions.
«Contrairement aux fongicides de synthèse qui doivent faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché basée sur leur efficacité intrinsèque et sur leur profil écotoxicologique, la plupart des solutions dites alternatives sont proposées à ce jour comme “engrais” ou “substances de croissance”, catégorie qui ne permet pas de garantir leur efficacité dans la mesure où légalement, ils ne doivent pas être employés comme produit phytosanitaire» souligne Nicolas Aveline, ingénieur, responsable du projet produits alternatifs et Stimulateurs des Défenses Naturelles à l’IFV.
Des pistes à explorer, avec prudence
L’IFV de Nîmes conduit d’ailleurs depuis plus de 20 ans des essais sur ces produits. “L’efficacité est le plus souvent nulle, parfois partielle et dans des situations à pression parasitaire moyenne ou faible” observe Bernard Molot de l’IFV.
Sur mildiou, seules quelques préparations à base d’acide phosphoreux ou de phosphonates se révèlent d’une efficacité proche (en faible pression) de celle d’un fongicide classique, mais il faut rappeler que l’acide phosphoreux est issu luimême de la chimie de synthèse. Utilisés seuls, ces produits semblent réservés à des situations parasitaire faible à moyenne. “Les purins d’ortie ou de prêle associés à une bouillie bordelaise nettement sous-dosées présentent une efficacité inférieure (de l’ordre de 30 %) à celle d’une protection cuprique classique, mais peuvent donner satisfaction sur un mildiou peu virulent” précise Bernard Molot.
Sur oïdium, “des essais sur 3 ans ont montré qu’un SDN à base de fenugrec, bien qu’homologué, se révèle totalement inefficace face à une épidémie de type drapeaux” ajoute-t-il. Toujours sur oïdium, un correcteur de carences à base d’écorces d’agrumes peut s’avérer intéressant sous réserve d’une pression faible, “il peut être envisagé en début de saison et à intégrer dans un programme avec des solutions traditionnelles” commente Bernard Molot. Les produits à base de lactosérum présentent des efficacités intéressantes mais à des doses de 30 kg/ha pour le moment.
Sur botrytis, un produit d’origine biologique est autorisé mais là encore souligne Bernard Molot, “l’efficacité est partielle de l’ordre de 40 % ce qui nécessite de l’intégrer dans un programme avec une bonne prophylaxie”...

Efficacité partielle et irrégulière
“Les efficacités partielles et irrégulières que l’on peut constater avec les produits alternatifs montrent que leur emploi est à conditionner en fonction des facteurs extérieurs. La pression parasitaire joue évidemment un rôle très important : il existe des effets de seuil audelà duquel le produit alternatif décroche et ne contrôle plus l’épidémie” explique Nicolas Aveline. “Ainsi, sur des essais que nous avons conduit en 2008 en Gironde, nous avons pu observer que lors d’une très forte pression, les produits alternatifs complémentés avec une demi-dose de produit conventionnel n’apportent pas d’effet positif observable” ajoute-t-il. Beaucoup de questions restent donc encore posées sur les produits alternatifs, sur leur connaissance, leur mode d’action mais aussi sur leur durée de protection, leur positionnement et leur possible intégration dans un programme. Pour Nicolas Aveline, “ce n’est de toute façon pas la solution miracle pour atteindre les objectifs du Grenelle de l’Environnement, mais c’est une des pistes à intégrer avec d’autres voies comme l’adaptation des doses avec l’utilisation de matériel de précision ou encore la modélisation qui apparaissent aujourd’hui plus prometteuses à court terme”.
En France, un produit utilisé pour lutter contre un pathogène donné fait l’objet d’une homologation selon la directive 91/414. Cette homologation est un travail de longue haleine avec des dossiers lourds et des investissements financiers importants. Certaines firmes qui développent des produits alternatifs ont donc choisi de se situer dans la catégorie des fertilisants avec une norme NFU, beaucoup moins exigeante car en aucune façon destinée à l’évaluation des produits phytosanitaires. Légalement, ces produits ne devraient être utilisés que comme fertilisants ce qui n’est pas le cas. “Ce contournement de la législation n’est pas sans risque : en effet l’homologation garantit une évaluation approfondie des produits au niveau de la toxicologie, de l’écotoxicologie mais aussi en terme d’efficacité et d’usage” souligne Nicolas Aveline à l’IFV. Des réflexions sont en cours pour alléger la directive 91/414 au niveau européen pour les produits naturels peu préoccupants. Au niveau français, explique Jacques Grosman, expert vigne au sein de la DGAL, “un groupe de réflexion sur la méthodologie adaptée à l’expérimentation des “produits naturels peu préoccupants” a été initié à l’AFPP sur demande de la DGAL, il est notamment chargé de rédiger un document guide concernant l’évaluation de l’efficacité de ces produits. Concernant les aspects toxicologiques et écotoxicologiques des préparations commerciales à bases de substances naturelles peu préoccupantes, des adaptations sont envisagées pour leur évaluation. Enfin, le décret n° 2009-792 du 23 juin 2009 précise la nature des PNPP (préparation naturelle peu préoccupante, comme le purin d’ortie) qui ne font pas l’objet d’une commercialisation. Tous ces dispositifs devraient permettre d’évaluer les produits alternatifs de façon rigoureuse pour une plus grande clarté vis-à-vis des producteurs” ajoute-t-il.
